Dossier : Plantes aquatiques

Quel état de conservation dans le bassin méditerranéen ?

C’est une évidence de dire que la végétation joue un rôle fondamental dans les écosystèmes et pour les sociétés humaines. Non seulement elle est responsable de l’essentiel de la production primaire sur la planète (par la photosynthèse) et par suite conditionne plus ou moins directement l’existence de la plupart des animaux, mais elle structure également les écosystèmes et détermine la distribution des espèces animales. Cette vision fonctionnelle de la végétation ne doit cependant pas cacher la contribution de la flore à la biodiversité, en particulier dans la région méditerranéenne qui est le troisième plus riche « hotspot » de la planète en termes de diversité floristique (1). En effet, près de la moitié des 30 000 espèces rencontrées dans le bassin méditerranéen sont endémiques à cette région (2) .

L’importance de la végétation pour la conservation a été reconnue très tôt à la Tour du Valat, à la fois sur le plan de la biodiversité (Bigot 1955) et celui du fonctionnement (Bassett, 1978). L’aspect fonctionnel a dans le passé été souvent dominant, dans des approches pluridisciplinaires pour des projets dont la finalité était la faune sauvage.

Ainsi, les travaux sur la végétation aquatique ont débuté dans les années 80, dans une double vision floristique et fonctionnelle. Les herbiers jouent en effet un rôle important pour les oiseaux d’eau hivernants qui constitue une des valeurs importantes de la Camargue tant en termes de biodiversité qu‘économique. Ces premiers travaux ont rapidement révélé à la fois la très grande richesse de la végétation aquatique en Camargue et les conséquences de la gestion active de l’eau sur cette biodiversité.

En effet, les conditions climatiques, les faibles profondeurs et les gradients de salinité, caractéristiques des deltas méditerranéens, conduisent à une diversité de marais et mares à inondation temporaires de salinité très variables dans le temps et dans l’espace.Ces zones humides sont occupées par une grande diversité de plantes strictement aquatiques ou amphibies dont beaucoup d’espèces typiquement méditerranéennes, adaptées à des conditions très instables de salinité et d’inondation. Certaines sont essentiellement présentes de l’automne au printemps, pendant la phase inondée comme de nombreuses characées, 3 espèces de Zannichellia, des renoncules, des callitriches, des Ruppia, etc. D’autres sont présentes seulement au printemps, pendant la transition des phases aquatique à sèche avec un grand nombre d’espèces dont plusieurs protégées au niveau national ou régional (par exemple Damasonium polyspermum, Cressa cretica, Lythrum tribractatum, …). Ces espèces sont consommées par les canards hivernant mais, sous conditions naturelles, leur biomasse est relativement faible et très variable entre années.

La volonté d’augmenter la capacité d’accueil des canards hivernants et les grandes quantités d’eau introduites en Camargue pour la riziculture ont conduit à une augmentation des durées et de la hauteur d’inondation afin d’obtenir des biomasses d’herbiers plus importantes. Cette gestion a conduit au remplacement des riches communautés méditerranéennes aquatiques et amphibies de plantes par des herbiers souvent monospécifiques et cosmopolites constitués d’espèces peu exigeantes comme le Potamot pectiné (Potamogeton pectinatus) ou le Myriophylle (Myriophyllum spicatum).Cette tendance à la banalisation qui s’est manifestée tend à régresser dans les espaces protégés avec un retour vers des gestions plus proches des conditions naturelles. Dans les marais à vocation cynégétique, cette banalisation de la végétation se poursuit.

L’étude de la végétation des mares temporaires s’est rapidement étendue au-delà de la Camargue, d’abord sur le sud de la France puis dans le bassin méditerranéen, apportant une connaissance sur l’état de ces milieux et leurs dynamiques. Ces travaux ont abouti à la production d’un guide de gestion pluridisciplinaire (3).

Aujourd’hui, les travaux sur la flore et la végétation des zones humides sont orientés dans cinq directions :

  • L’étude des mares temporaires méditerranéennes, de leur dynamique interannuelle et de leur conservation se poursuit surtout au Maroc avec un partenariat de longue date avec Prof. Laila Rhazi et son équipe à Casablanca.
  • Nous collaborons avec l’UICN pour faire le point sur l’état de conservation des plantes aquatiques dans le bassin méditerranéen (liste rouge)
  • Les travaux expérimentaux sur les pelouses salées de Camargue (habitats d’intérêt européen) et le rôle de la faune sauvage et domestique sur leur dynamique se poursuivent
  • La restauration des zones humides devient un thème important dans nos activités. elle nous permet d’appliquer nos connaissances (et d’en tester les limites !) à la conservation dans une perspective encourageante d’amélioration de la situation
  • Les inventaires de biodiversité au niveau floristique et communautés (habitats) constituent une part également importante de nos travaux, notamment dans le cadre des plans de gestion.

Les perspectives sont excitantes avec la diversité de ces travaux et la perspective de voir leurs résultats mis en œuvre pour améliorer l’état de conservation des zones humides.

(1) Mittermeier et al. 2004. Hotspots revisited. Cemex Mexico. 392p
(2) Doga Dernegi et al. 2010. Mediterranean Basin Biodiversity Hotspot. Critical Ecosystem Partnership Fund, Arlington (USA). 251p
(3) Grillas P., Gauthier P., Yavercovski N., et Perennou C. 2004. Les mares temporaires méditerranéennes. 2 volumes.

Autres références :

· Mouronval J-B, Baudouin S. Plantes aquatiques de Camargue et de Crau – ONCFS - 122p.

Photos: 

Cressa Cretica
Cressa Cretica
Potamot
Potamot
Damasonium Polyspermum
Damasonium Polyspermum