Questions à Pierre Mineau, PhD

Pierre Mineau, PhD

Expert de premier plan sur l'écotoxicologie des pesticides, Pierre Mineau mène des recherches pour le département fédéral du Canada de l'environnement au Centre national de recherche faunique, à Ottawa. Il est également professeur adjoint au département de biologie de l'université de Carlton. Nous avons souhaité connaître son point de vue scientifique.
email: pierre.mineau@ec.gc.ca

Spécialiste en écotoxicologie des pesticides, pouvez-vous expliquer en quelques mots votre travail et sur quelles espèces animales portent principalement vos études ?

J’ai consacré mes 30 ans de carrière à l’étude des pesticides. Mes études portent sur les impacts des pesticides sur la faune, principalement les oiseaux, mais aussi plus largement sur l’environnement. Je me suis prioritairement intéressé aux impacts directs des pesticides chimiques sur les oiseaux, tels que l’empoisonnement. Toutefois, le cadre de mes études m’a également mené à constater tous les conflits entre pesticides et oiseaux avec impact direct ou indirect sur les espèces. Les cas de mortalité, les baisses de population, les inquiétudes par rapport à la toxicité des produits lâchés dans l’environnement sont quelques exemples que l’on peut citer.

A ce jour, qu’est-ce qui vous a le plus marqué que vous ayez lu ou entendu en relation avec l’usage des pesticides ?

On note une diminution de l’utilisation de produits ayant un impact direct aussi, c’est pourquoi les scientifiques se tournent de plus en plus vers l’étude des impacts indirects. 

En votre qualité de spécialiste des impacts des pesticides sur l’environnement, avez-vous déjà eu connaissance d’une étude sur les impacts du Bti sur la faune non-cible, telle que celle menée par les chercheurs de la Tour du Valat ?  

A ma connaissance, le seul exemple très concret de l’impact indirect par la chaîne alimentaire était une étude menée en Grande-Bretagne sur la Perdrix grise. Cependant, il restait une possibilité d’impact direct. En effet, toutes les espèces d’insectes étaient touchées. Il était donc plus évident de trouver un impact sur l’alimentation des jeunes perdrix grises.

Mais concernant des études sur le Bti, seuls quelques travaux rudimentaires, peu approfondis et de courte durée ont été menés et leurs résultats sont peu concluants.

Pensez-vous que les résultats publiés apportent des éléments nouveaux à la communauté scientifique, notamment sur l’impact concernant les oiseaux ?  

Je suis très étonné par l’étude d’impact du Bti, surtout le fait qu’il y ait tant de répercussions alors que le produit est si ciblé. Deux choses sont, selon moi, vraiment remarquables : l’effet indirect sur les insectes, notamment les araignées et la clarté des relations qui ont été trouvées. Quand j’ai regardé les relations entre la disponibilité de proies et le nombre d’oiseaux capturés, j’étais très envieux. En même temps, j’étais déçu de constater que des bioinsecticides pouvaient avoir autant d’impact alors que je prônais leur usage depuis plusieurs années.
Les constats d’impacts démontrés par l’usage du Bti mettent encore plus en évidence l’impact virulent des autres produits chimiques de démoustication.

Selon vous, l’ampleur de ces résultats est-elle comparable à ce qui est rapporté dans la littérature sur l’effet des pesticides (même chimiques) sur les oiseaux ?  

Ce qui est surtout unique dans cette étude c’est le fait d’une part, qu’il y ait un impact sur les insectes directement répercuté sur les hirondelles et d’autre part, que les insectes directement affectés représentent 35% de leur régime alimentaire.
Et en comparaison avec les insecticides chimiques, le Bti montre un impact très fort encore jamais vu et non négligeable.

La Tour du Valat préconise des solutions pour réduire la gêne occasionnée par les moustiques en Camargue, notamment les pièges à moustiques. Connaissez-vous des exemples de gens qui utilisent ces pièges à CO2 ou des réseaux de pièges pour empêcher l’invasion de moustiques dans les zones habitées ?  

Non. Les méthodes de contrôle visent généralement les larves dans leur milieu naturel, mais c’est certainement une méthode qu’il serait intéressant de tester.