Questions à Thierry Gissinger

Questions à Thierry Gissinger, responsable du programme Environnement de la Fondation de France


1) Quelle est l'action de la Fondation de France sur les questions d'agriculture et d'alimentation, et pourquoi a-t-elle fait le choix de financer des projets dans cet axe ?

La Fondation de France soutient des initiatives qui permettent de mieux comprendre, et donc de mieux maîtriser, les effets des pratiques agricoles à la fois sur les écosystèmes et sur la qualité des produits des récoltes qui constituent notre alimentation. Il s’agit de projets de recherche scientifique appliquée, dont les résultats devront être opérationnels. Pour cela les projets doivent être co-portés par des scientifiques mais également par les utilisateurs, c’est à dire les agriculteurs, les organismes de conseil et de développement, les consommateurs….

Le choix a été fait de soutenir ce type de projets car, s’agissant de protection de l’environnement, alors qu'il est avéré que les pratiques agricoles actuelles ont un impact significatif sur l’état des écosystèmes, de nombreuses questions restent sans réponse quant à la qualité des produits qui en sont issus. Il nous semblait donc que proposer un soutien financier dans ce domaine correspondait bien aux objectifs du programme Environnement de la Fondation.

2) Quelle est selon vous la spécificité du projet du Petit Saint-Jean, et pour quelle raison avez-vous souhaité le soutenir ?

Le projet du Petit Saint-Jean a cela de particulier qu’il s’agit d’un domaine dont l’exploitation a été très destructrice pour l’environnement durant les dernières décennies. C’est un peu un cas d’école de réhabilitation écologique pour et par l’agroécologie. Il est donc à la fois intéressant scientifiquement, et important techniquement, de saisir cette « opportunité » pour observer comment ces agro-écosystèmes évoluent vers un meilleur état écologique, tout en restaurant leur productivité agronomique. Reste à trouver un lien plus fort avec les enjeux alimentaires, qui peuvent passer par un lien renforcé avec les usagers/consommateurs.

Cette configuration particulière nous a semblé en adéquation avec nos propres critères et assez originale en regard des autres projets soutenus.

3) Dans un contexte géopolitique, économique, environnemental et climatique qui met à mal les systèmes agricoles, agro-écologie et permaculture apparaissent de plus en plus comme des solutions d'avenir. Pensez-vous qu'elles pourront à l'avenir constituer des alternatives viables pour assurer la sécurité alimentaire, notamment en zone méditerranéenne ?

Dans ce domaine, l’intérêt de la période actuelle est que de nombreuses initiatives d’une grande diversité voient le jour un peu partout. Tous les cadres habituels sont bousculés et l’innovation est au cœur de ces expériences, non pas en tant que telle mais pour répondre aux contraintes et opportunités locales. Ces alternatives seront viables si elles parviennent à garder cette inventivité et à s'adapter aux conditions locales.

La prise en considération de la vie du sol, de la complexité des écosystèmes qui sont considérés comme des supports vivants et en constante évolution, permet de considérer les cultures non plus en terme de concurrence, mais au contraire de complémentarité. Cela permet des systèmes plus économes, et plus efficients du point de vue agronomique.

Il ne s’agira pas de modèles formatés et duplicables largement mais de grands principes, et ce sera davantage cette adaptation aux contraintes locales qui permettra à ces alternatives d’assurer la sécurité alimentaire, y compris donc en milieu méditerranéen.