Questions à Ilke Tilders

Questions à Ilke Tilders, de l'ONG Foundations of Success (FOS)


Pouvez-vous nous parler de FOS, et de votre approche concernant les questions de conservation au niveau européen et global ?

FOS est une petite ONG qui a pour mission d'améliorer les pratiques conservationnistes en promouvant une approche par la gestion adaptative.

La conservation concerne des systèmes complexes et dynamiques. Si nous voulons que l'approche soit plus efficace, il est essentiel d'investir dans des projets bien conçus et d'évaluer correctement ensuite les résultats sur le terrain, afin d'apprendre ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, de comprendre quelles nouvelles menaces apparaissent, etc. C'est exactement le coeur de la gestion adaptative ; une méthode orientée vers les résultats et une approche basée sur les preuves, sur le “faire pour apprendre” et sur la participation des acteurs.

FOS a la chance de travailler avec des organisations conservationnistes et des partenaires gouvernementaux du monde entier, sur une grande variété de questions de conservation. Améliorer l'efficacité des aires protégées a toujours été une priorité stratégique pour nous, pour laquelle les principes de la gestion adaptative peuvent réellement faire une différence.

 

La Réserve naturelle régionale de la Tour du Valat est la première réserve en France à utiliser les Open Standards, pour son plan de gestion 2016-2020. Pourriez-vous nous en dire plus, en particulier quels sont les avantages et inconvénients de la méthodologie ?

Avec le développement des Open Standards, les membres du  Conservation Measures Partnership (CMP) ont réellement créé un nouveau standard pour la gestion et la planification de la conservation. Il est appuyé par une “boîte à outils” intelligente et concrète, qui comprend des manuels, des outils graphiques, les logiciels Miradi et Miradi Share, et des études de cas concrètes, vérifiés par le CMP et ses partenaires, pour s'assurer qu'ils permettent aux équipes d'appliquer concrètement les critères. Bien que la méthode a été à l'origine développée par des ONG de conservation, nous constatons un intérêt croissant des agences gouvernementales en Suède, en Mongolie, au Chili et aux États-Unis, entre autres.

Selon moi l'intérêt des Open Standards réside dans deux aspects. Tout d'abord, ils fournissent un language qui rend la compréhension mutuelle plus facile entre les acteurs. Utiliser les mêmes définitions, taxonomies et visuels facilite énormément les échanges. Cette capacité à communiquer plus efficacement nous aide à apprendre de chacun de nous, et à rendre nos actions en termes de conservation plus efficaces.

Deuxièmement, les Open Standards sont développés par et pour des praticiens. Ils s'incrémentent de nos visions collectives, et nous cherchons continuellement à améliorer et mettre à jour notre boîte à outils, de façon collective. Cette dernière est très complète, avec l'inconvénient que cela peut être écrasant pour certains. L'astuce pour les équipes est de sélectionner attentivement les outils dont ils réellement besoin et qu'ils peuvent gérer, en fonction de leurs capacités.

 

Plus généralement, quelles sont selon vous les questions actuelles concernant la conservation, et de quelle façon la gestion adaptative peut-elle contribuer à dépasser les difficultés auxquelles elle doit faire face ?

En Europe, l'évaluation actuelle de la Directive européenne Oiseaux-Habitats révelera probablement qu'il n'y a pas de problème avec les textes en eux-mêmes, mais que leur application laisse en revanche beaucoup à désirer. Dans le même temps, la biodiversité européenne continue de s'éroder. Je trouve cela extrêmement frustrant parce que je crois que cette tendance peut aisément être inversée. Actuellement, pour de nombreuses zones Natura 2000, les objectifs de conservation ne sont pas clairs, les mesures ne sont pas appliquées, et les suivis ne sont pas effectués. Résultat, il y a peu de responsabilisation et de transparence, et souvent des conflits entre acteurs aux dépends de la nature. Mettre en place une gestion adaptative implique au contraire que les organisations et agences formulent leurs objectifs en termes de conservation de façon explicite, et qu'ils élaborent une théorie du changement claire et facile à tester, concernant la façon dont ils imaginent que leurs actions les aideront à atteindre ces objectifs.  

Les Opens Standards fournissent une méthodologie pratique pour faire cela d'une façon participative, qui aidera à améliorer l'efficacité et à réduire les conflits. La Tour du Valat a fait le choix du challenge des Open Standards, d'une façon réellement participative, en impliquant de nombreux acteurs pour l'élaboration de son plan de gestion.

Sur la durée je suis certaine que la Réserve de la Tour du Valat deviendra une source d'inspiration pour la pratique de la gestion adaptative, réconciliant les activités humaines et la conservation du patrimoine naturel, et inspirera des actions de conservation dans le monde entier.