Techno-Bam: Une Innovation au service des zones humides pour concilier gestion des moustiques et biodiversité

Les suivis scientifiques menés en parallèle aux opérations de démoustication au Bti en Camargue depuis 2007 ont révélés des impacts significatifs sur la faune non-cible en réduisant l'abondance, voire la richesse, de nombreux taxons (chironomes, araignées, odonates, passereaux paludicoles, hirondelles, oiseaux d'eau). Des analyses microbiologiques des sédiments des marais ont par ailleurs révélé une persistance et même dans certains cas une prolifération des spores de Bti, suggérant des effets allant bien au-delà des périodes de traitements, notamment sur les chironomes et par extension sur tous les organismes qui en dépendent pour leur alimentation.  Suite à ce constat, les suivis scientifiques réalisés par la Tour du Valat et des laboratoires partenaires sous l'égide du Parc naturel régional de Camargue se sont orientés vers la recherche de solutions alternatives. Dans ce cadre, une expérimentation grandeur nature fut menée au hameau du Sambuc avec l'appui technique de la mairie d'Arles à l'été 2015. Ainsi, dix pièges Techno-BAM adaptés aux collectivités ont été intégrés au mobilier urbain à partir de juillet. Mis en opération pendant deux mois, ces pièges ont permis de réduire la nuisance par un facteur de 88 % (1,7 tentatives de piqûres / 10 min en moyenne à proximité des pièges comparativement à 15,2 tentatives / 10 min en moyenne à 500 m du hameau). Très sélectifs, les pièges ont capturé 268 741 insectes dont 99,7% appartenaient à 9 espèces de moustiques responsables de la nuisance localement.

Une méthode innovante contribuant au développement local

Les pièges BAM imitent la respiration et l'odeur humaines pour attirer les insectes anthropophiles là ou la gêne est ressentie. Les pièges à moustiques existent sur le marché depuis plusieurs années (ex: divers modèles de la marque américaine Mosquito Magnet et de la firme allemande Biogents, pièges scientifiques à glace carbonique). Typiquement utilisés par des particuliers ou dans le cadre de réseaux de surveillance (veille sanitaire), ces pièges ne sont généralement pas utilisés à l'échelle d'une collectivité, ne pouvant être laissés sur la voie publique sans risque de se faire voler ou endommager.

Deux ingénieurs basés à Saint-Rémy de Provence, Simon Lillamand et Pierre Bellagambi, se sont donc lancés en 2013 dans la construction d'un prototype aujourd'hui breveté et produit par la société Techno BAM (Borne Anti Moustique).  Reprenant certains principes des pièges à usage individuel, les bornes BAM attirent les moustiques en reproduisant la respiration humaine (expiration saccadée de CO2) et en diffusant de l'octénol ou des composés à base d'acide lactique qui imitent les odeurs de transpiration.  Un ventilateur aspire les moustiques dès qu'ils arrivent à proximité du piège et les retient dans un filet. Le CO2 utilisé est un produit de recyclage de fermes agricoles. Il est conditionné en bouteille ou livré par citerne. Son taux d'émission (200 ml/min), correspond à celui d'un humain au repos. L'électricité provient d'une batterie 12V ou d'un branchement direct au réseau (230 V), l'utilisation de panneaux photo-voltaïques pour alimenter la batterie étant en cours de développement.

Une initiative financée par la région PACA suscitant un vif intérêt au-delà des frontières et du contexte Camarguais

Le concept a été initialement pensé pour concilier confort humain et préservation de la biodiversité dans une configuration territoriale particulière. En effet, la logique adoptée consistait à protéger les zones habitées occupant de petites surfaces par une ceinture de pièges, plutôt que de traiter les milliers d'hectares de milieux naturels tout autour. Ce concept d'une démoustication par pièges dans les zones habitées apparaît cependant comme une solution environnementale idéale dans de multiples situations. Il peut s'agir de contrôler la prolifération du moustique tigre en zone urbaine en région métropolitaine française ou de contrôler des moustiques vecteurs de maladies dans des secteurs habités outre-mer, et notamment au sein de complexes d'exploitation touristique ou industrielle où les risques sanitaires sont particulièrement élevés.

Diverses versions du prototype sont donc à l'essai en différents points du globe afin qu'ils soient adaptés aux comportements des quelques espèces de moustiques concernées. L'expérimentation menée au Sambuc en 2015 sera renouvelée en 2016 selon un dispositif amélioré (de 10 à 19 pièges), ayant vocation à s'étendre à d'autres secteurs de la Camargue dans les prochaines années.

 

Contact :

Coordination des suivis menés en parallèle à la démoustication en Camargue, incluant l'évaluation de l'efficacité et des impacts des pièges à moustiques :

Brigitte Poulin, responsable département Écosystèmes, Tour du Valat :

poulin@tourduvalat.org

 

Crédits photos : Techno-BAM