Dossier : Une approche novatrice pour le 6ème plan de gestion de la Réserve naturelle régionale de la Tour du Valat

La Réserve naturelle régionale (RNR) de la Tour du Valat, située sur le domaine du centre de recherches éponyme, s'étend depuis 2008 sur 1845 ha.

Située au cœur de la Camargue, entre l'étang du Vaccarès à l'ouest et le Grand Rhône à l'est, elle est représentative des milieux naturels camarguais particulièrement menacés par l'anthropisation : mares temporaires méditerranéennes, montilles (légères buttes sableuses d'origine maritime ou fluviatile), et surtout sansouïres (prés salés typiques des deltas méditerranéens, principalement composées d'espèces végétales tolérant des taux élevés de sel : salicornes, obiones, etc). Ces divers habitats abritent également une faune et une flore typiques avec plus de 600 espèces végétales, dont une vingtaine protégées, et plus de 300 espèces d'oiseaux sur les 600 environ recensées en Europe et 400 pour toute la Camargue.

 

Le marais du Saint Seren sur la RNR de la Tour du Valat, un site majeur pour l'accueil des oiseaux d'eau en Camargue (© M. Gauthier-Clerc / Tour du Valat)

 

Pour préserver l’ensemble de ce patrimoine naturel exceptionnel, un plan de gestion, dont la Tour du Valat a été une des premières à bénéficier en France dès 1986, est depuis remis à jour tous les cinq ans afin de fixer les objectifs à atteindre et les moyens d'y parvenir.

 

La Glaréole à collier, une espèce menacée en France et nicheuse sur la RNR de la Tour du Valat (© M. Thibault)

 

L'utilisation de la méthodologie des Open Standards for the Practice of Conservation

Pour l'élaboration du 6ème plan de gestion 2016-2020 de la RNR, la Tour du Valat a décidé d'adopter une méthodologie dénommée Open Standards for the Practice of Conservation, tandis que les plans précédents avaient suivi la démarche proposée par l'association Réserves naturelles de France (RNF).

La démarche a été rendue possible grâce au soutien financier de l'agence de l'eau Rhône Méditerranéen Corse et par l'accueil en 2015 de Lisa Paix,  étudiante du Master GIEBioTe (voir le lien ci-contre) des universités de Montpellier et de Sherbrooke (Canada), qui a permis la comparaison entre cette méthodologie et celle de RNF (voir ci-contre).

Cette méthodologie dite des Open Standards (OS) a été créée en 2004 par un consortium international d'acteurs du monde de la conservation, le Conservation Measures Partnership (mettre lien vers cmp-openstandards.org). Largement utilisée dans le monde, elle ne l'avait pourtant encore jamais été en France. Le plan de gestion 2016-2020 de la RNR de la Tour du Valat constitue donc, de nouveau, une première au niveau national.
 

Une approche concrète

Même si la démarche globale va dans le même sens que les méthodologies classiquement utilisées en France (ATEN/RNF), la méthodologie des OS est différente, en ce sens que son point d'entrée est l'identification des menaces anthropiques qui pèsent sur le milieu naturel, et présentent un enjeu en termes de conservation.

 

Arrachage de filaires par traction animale sur la RNR de la Tour du Valat en décembre 2014 (© D. Cohez / Tour du Valat)

 

Une fois ces menaces précisément définies, le gestionnaire peut alors facilement se focaliser directement sur les actions à mettre en place et les moyens à dégager dans ce but, pour les supprimer ou a minima les réduire. Il n'est plus considéré non plus que l'évolution naturelle des milieux puisse représenter une menace pour le territoire à gérer ; place est faite au contraire à l'expression de la naturalité et à la dynamique spontanée des milieux.

De même sont définis des buts à atteindre en termes de conservation, clairement définis dans le temps à l'échelle du plan de gestion, et non des objectifs à long-terme souvent trop vagues pour pouvoir être évalués concrètement. Cette étape se fait à partir d'une première définition des Attributs écologiques-clés (AEC), à savoir les divers éléments qui composent le patrimoine naturel, associés chaque fois à des indicateurs d'état. Cette démarche permet également d'identifier clairement les lacunes à combler au préalable en termes de connaissances.
 

Une démarche très participative
 
Si les méthodes d'élaboration des plans de gestion impliquent de plus en plus les différents acteurs concernés (gestionnaires, scientifiques, décideurs locaux, etc), celle des OS permet de les inclure à différentes phases de la réflexion (définition des indicateurs, élaboration du modèle conceptuel, définition des stratégies, etc). Ainsi concernant la Tour du Valat cinq réunions thématiques (une par cible) ont été organisées courant 2015 pour élaborer ensemble les modèles conceptuels, et ont permis de mener une réflexion partagée sur les menaces et facteurs affectant les différentes cibles de conservation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les équipes de la Tour du Valat en discussion autour du plan de gestion 2016-2020 en juillet 2015 (© Tour du Valat)

 

Cette démarche a ainsi permis l'émergence d'une vision commune, clairement définie et acceptée par tous.

Sur le plan conceptuel la méthode est également facilitée par l'utilisation du logiciel Miradi qui facilite le suivi concret et la mise en commun du projet entre tous les acteurs, notamment par l'édition et la mise à jour aisée de rapports d'étape via une plate-forme d'échange (voir ci-contre).
 

Une méthodologie innovante et adaptative

Au final l'utilisation de la méthodologie des open standards, outre qu'elle constitue une innovation autant pour la Tour du Valat qu'au niveau français, aura permis d'élaborer le plan de gestion 2016-2020 dans un cadre particulièrement collaboratif et participatif par rapport aux plans précédents.

N'ayant jamais encore été utilisée, elle aura en revanche nécessité davantage de travail en amont. Cela a notamment été le cas concernant le diagnostic préalable de l'état de conservation de la RNR de la Tour du Valat, pour lequel des méthodologies plus classiques ont été utilisées.

Il s'agit donc d'une nouvelle approche de la conservation pour la Tour du Valat, qui gagnera à être poursuivie et affinée dans les années à venir, aussi bien sur le plan méthodologique que sur le terrain.

 

Les grandes lignes du plan de gestion 2016-2020

Concrètement, ce 6ème plan de gestion de la RNN de la Tour du Valat se traduit par la redéfinition d’une nouvelle vision à long terme, regroupant les deux orientations des plans précédents. Cette vision est formulée ainsi :
 

Le Domaine de la Tour du Valat offre des paysages et une mosaïque d’habitats fonctionnels propices à l’expression de la biodiversité caractéristique de la Camargue fluvio-lacustre. Dans ce contexte, les activités scientifiques, socio-économiques et culturelles sont intégrées durablement et de façon exemplaire, elles contribuent à l’amélioration et à la valorisation de la gestion du Domaine.

Cinq cibles de conservation sont désormais définies, regroupant l’ensemble des éléments du patrimoine naturel présentant les plus forts enjeux de conservation :

  • La diversité des mares et marais temporaires ;
  • Les pelouses, jonchaies et sansouïres ;
  • Les communautés d’oiseaux d’eau ;
  • Le patrimoine naturel d’origine fluviatile ;
  • Les dunes de la Commanderie.

S'y ajoutent  les autres vocations du domaine que sont l'élevage et l'agriculture biologique, la chasse raisonnée, la recherche scientifique, ainsi que le transfert et accueil du public.

Photos: 

Modèle global du plan de gestion 2016-2020 de la RNR de la Tour du Valat
Modèle global du plan de gestion 2016-2020 de la RNR de la Tour du Valat

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