Actu 4 : Les enfants de Camargue à la découverte des spatules

La Spatule blanche Platalea leucorodia est, comme son nom l’indique, entièrement blanche à l’exception d’une gorge et d’un collier jaune orangés sur la poitrine particulièrement visible durant la période nuptiale. Elle possède également une huppe, également remarquable pendant la parade. Son bec noir au bout jaune, en forme de spatule, lui vaut son nom.

Cette espèce d’échassier est strictement inféodée aux zones humides côtières. Protégée et très sensible au dérangement, elle a besoin de larges espaces naturels pour se reproduire et hiverner.

Baguage des poussins de spatules blanches en Camargue en mai 2016 (© Jean Roché)

 

Extrêmement rare en Camargue jusqu’au siècle dernier, alors qu’on la rencontrait beaucoup plus fréquemment sur le littoral atlantique français, ses effectifs nicheurs y ont augmenté ces dernières années pour atteindre aujourd’hui environ 300 couples sur deux sites situés au cœur des étangs de Camargue, à quelques kilomètres des Saintes-Maries-de-la-Mer.

C’est pour mieux suivre cette évolution récente qu’un programme d’étude de la population de spatules blanches en Camargue a été mis en place par la Tour du Valat à partir de 2008. Le suivi consiste en l’estimation annuelle de la population nicheuse, ainsi qu’à la capture et au baguage des jeunes avec des marques lisibles à distance. Dans le cadre de ce  suivi, plus de 2300 poussins ont été bagués depuis 2008 (en savoir plus), entraînant par la suite plus de 4600 observations en Europe et en Afrique.

Ce baguage a permis d’améliorer les connaissances sur les déplacements de l’espèce grâce à des relectures tout au long des différentes voies de migration utilisées. Il ne permet cependant pas d’expliquer le choix migratoire des spatules nées en Camargue. En effet, trois stratégies s’offrent à elles :

1) rester en Camargue,

2) hiverner en Espagne ou en Mauritanie selon la voie de migration ouest-atlantique,

3) ou encore hiverner en Italie ou Tunisie en empruntant la voie de migration centre-méditerranéenne (en savoir plus).

C’est pour tenter de répondre à cette question qu’en plus du baguage régulier des oiseaux, il a été décidé en 2016 d’équiper à titre expérimental deux spatules avec des balises GPS émettant un signal régulier via le réseau GSM. La pose et le suivi par GPS sur les deux spatules en 2016 a été très fructueux, permettant :

  • de déterminer l’utilisation de l’espace camarguais pendant la reproduction par un mâle adulte,
  • de suivre les migrations automnale et prénuptiale de cet adulte jusqu’au sud de l’Espagne (en savoir plus),
  • de découvrir les déplacements d’une jeune spatule durant son premier hiver en Camargue, qui a largement utilisé un espace isolé et inaccessible, au cœur de la réserve nationale de Camargue (en savoir plus).

En ce printemps 2017 deux nouveaux individus adultes ont été équipés avec, en plus de l’objectif scientifique, un objectif pédagogique de montrer en temps réel les déplacements de ces deux individus aux enfants de l’école du Sambuc, hameau proche de la Tour du Valat et également situé au cœur de la Camargue. Les enfants, qui ont découvert l’espèce au cours d’une intervention dans leur classe début mai ont montré un grand intérêt pour l’oiseau déjà équipé en 2016.

Intervention de Jocelyn Champagnon, chargé de recherches à la Tour du Valat et responsable du programme "Spatules", devant les enfants de l'école du Sambuc en mai 2017 (© Tour du Valat)

 

Cet intérêt des enfants pour les espèces exceptionnelles mais parfois méconnues qui les entourent en Camargue ou dans d’autres espaces naturels, telles que la Spatule blanche, contribue à en faire des acteurs de la préservation de leur patrimoine en tant qu’habitants des milieux fragiles que sont les zones humides.

Ce projet est réalisé en partenariat avec la Fondation Nature et Découvertes, qui lui a apporté son soutien financier (en savoir plus).