La Camargue est souvent citée comme zone à risque pour la grippe aviaire de type H5N1 car elle est un carrefour pour beaucoup d'oiseaux migrateurs. Si les oiseaux sauvages et notamment les migrateurs sont les cibles préférées des institutions, de nombreux éléments plaident en faveur d’autres causes et notamment de l’industrialisation du secteur de l’élevage avicole, particulièrement favorable à l'apparition de souches très virulentes, et des déplacements qu’il génère. C’est ce que l’équipe de la Tour du Valat a mis en avant dans un article paru dans la revue Ibis au printemps 2007.
Depuis novembre 1996, date à laquelle le virus H5N1 a été détecté pour la première fois chez les oiseaux domestiques dans le Sud-est de la Chine, il s’est répandu à travers la majeure partie de l’Asie, puis a touché l’Afrique et l’Europe. Il faut rappeler que la souche H5N1 hautement pathogène trouve son origine dans les élevages domestiques ; les oiseaux sauvages ont été les victimes de ce virus, pas les coupables de son apparition. Depuis mi-2005, les oiseaux sauvages ont été pointés du doigt comme les principaux responsables de la dispersion du virus hors d’Asie. Pourtant la trajectoire du virus ne correspond pas avec les principales routes migratoires. Celles-ci dissimuleraient plutôt les routes commerciales du trafic de volaille réalisé sans contrôle sanitaire fiable.
Déjà lors des précédentes épizooties liées à des souches de grippes aviaires hautement pathogènes de type H5 et H7, il avait été clairement démontré que l’expansion du virus était liée aux activités humaines, en particulier les déplacements de volaille ou de leurs dérivés. S’il est avéré que le virus peut être transporté sur de courtes distances par des oiseaux sauvages, une transmission sur de longues distances par les migrations saisonnières n’a jamais pu être prouvée. En Europe, les milliers de tests récemment réalisés sur des oiseaux sauvages vivants n’ont pas mis en évidence la présence du virus, à ce jour. Ainsi, bien que les différents cas d’oiseaux sauvages porteurs du virus soient abondamment médiatisés, ils n’en restent pas moins négligeables face aux millions d’oiseaux sauvages sains qui traversent nos contrées ou y séjournent.