TOUR DU VALAT

Centre de recherche pour la conservation des zones humides méditerranéennes

  • Voir le site en Anglais ( Nouvelle Fenetre )
  • Actualités
  • Publications
  • Emplois, thèses, stages

Quelques éléments techniques

Démoustication et oiseaux

Depuis 1965 et jusqu'à aujourd'hui, les opérations de démoustication du littoral (Languedoc-Roussillon et Bouches-du-Rhône) se sont affinées et sont devenues de plus en plus " pointues ". Elles ont cependant utilisé principalement deux pesticides d'usage général appartenant à la famille des organophosphorés, le fénitrothion (anti-adulte ou imagocide) et le téméphos (larvicide). Ces insecticides de contact ont l'avantage de se dégrader rapidement dans l'écosystème mais leur toxicité n'est pas sélective, c'est-à-dire qu'ils affecteront aussi bien les vertébrés que les invertébrés. Si les mammifères y sont relativement peu sensibles, il en est tout autrement des oiseaux pour lesquels le fénitrothion et le téméphos sont " hautement toxiques ". Une petite quantité de ces produits suffit pour tuer un oiseau soit par inhalation de particules, soit par contact dermique avec le nuage de pulvérisation ou la végétation contaminée, soit par ingestion de nourriture contaminée ou de résidus durant le toilettage du plumage. Un troisième insecticide, d'origine biologique, est de plus en plus utilisé par l'EID. Il s'agit du Bti (Bacillus thuringiensis israelensis), une bactérie naturellement présente dans le sol et qui entraîne la mort des larves de moustiques par ingestion. Plus sélectif et moins toxique que les produits précédents, le Bti demeure peu utilisé suite à son coût plus élevé et son efficacité moindre. Ses impacts sur la faune non-cible concernent principalement les invertébrés aquatiques qui servent de nourriture à la faune des zones humides.

Démoustication et santé publique

Comme de nombreux invertébrés, les moustiques peuvent transmettre des parasites, des bactéries et des virus. Parmi ces derniers, le virus du Nil occidental ou "West Nile", identifié dans le sud de la France dès 1962, s'est manifesté en septembre 2000. 53 chevaux avaient contracté la maladie, mais aucun humain n'avait été touché. Aux Etats-Unis, le virus apparu en 1999 dans l'Etat de New York a rapidement gagné la plupart des Etats ainsi que le Canada, infectant plusieurs milliers de personnes et provoquant plusieurs centaines de décès. Mais il est important de noter que la souche présente en France est beaucoup moins virulente que celle ayant frappé les Etats-Unis et ne provoque le plus souvent qu'une légère fièvre de quelques jours, voire aucun symptôme.

Les oiseaux sont des réservoirs du virus, c'est-à-dire qu'ils sont susceptibles d'héberger et de propager le virus s'ils se font piquer par un insecte porteur. Les mammifères, comme le cheval ou l'homme, sont des "culs de sac épidémiologiques", c'est-à-dire qu'ils ne peuvent ni multiplier ni transmettre la maladie, mais peuvent en être atteints. Le retour du West Nile est fréquemment utilisé comme motif de santé publique pour justifier une démoustication de la Camargue. Cependant, cet argument ne résiste pas aux faits : la plupart des foyers du virus identifiés à ce jour sont situés dans des régions déjà démoustiquées (Hérault, Gard) ou éloignées de zones à forte concentration de moustiques (centre Var). De plus, la démoustication " de confort " ne concerne que les moustiques du genre Ochlerotatus (Aedes) dont l'émergence en masse est provoquée par les mises en eau, alors que ce sont les moustiques du genre Culex, dont la nuisance est faible, qui sont les meilleurs candidats pour la transmission du West Nile. Plutôt qu'une démoustication " sanitaire " massive (et inefficace) comme celle mise en œuvre aux Etats-Unis, la France a opté pour la mise en place d'un système de surveillance. Celui-ci permet de comprendre le cycle épidémiologique et de détecter toute circulation du virus avant que des signes cliniques ne soient mis en évidence sur les équidés ou les humains.

La Station biologique de la Tour du Valat fait partie d'un réseau de 16 sites qui participent à ce programme de surveillance par le suivi d'oiseaux domestiques " sentinelles " en Camargue. Des campagnes de capture d'oiseaux sauvages sont également réalisées par la Station afin d'évaluer la séropositivité des espèces résidentes et des espèces migratrices dès leur arrivée au printemps. Les résultats de 2003-2004 montrent très peu de séroconversions chez les oiseaux.

Aucun cas de West Nile n'a été constaté chez l'homme et le cheval dans les départements faisant l'objet de cette surveillance en 2003 (Bouches-du-Rhône, Gard, Hérault, Aude et Pyrénées orientales). En revanche, sept cas cliniques humains et quatre cas équins ont confirmé la présence du virus dans le Var, motivant une extension de la surveillance à toute la région Provence-Alpes Côte d'Azur en 2004.

Sur les neuf premiers mois de 2005, aucun cas de séroconversion (chez les oiseaux, chevaux ou humains) n'a été détecté. Des développements récents dans l'élaboration d'un vaccin contre le virus du West Nile offriront sans doute la meilleure solution à long terme pour les populations humaines exposées au virus.

Haut de la page